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Techniques d'écriture

Comment créer une fiche personnage mémorable (avec exemples littéraires)

Une fiche personnage utile commence par ce que le personnage veut, ce dont il a besoin et le défaut qui l'en empêche, bien avant la couleur de ses yeux. Méthode et exemples avec Dostoïevski et Flaubert.

il y a 6 mois6 min de lecture
Comment créer une fiche personnage mémorable (avec exemples littéraires)
Las Meninas, by Diego Velázquez

Vous connaissez la scène. Au chapitre 4, votre personnage principal commande un café noir, et au chapitre 19, il boit un thé vert en disant qu'il a toujours détesté le café. Votre bêta-lecteur souligne l'incohérence, vous relisez les deux passages, perplexe, et vous vous dites que vous auriez dû prendre des notes.

Une fiche personnage sert d'abord à cela, et elle rend aussi un service plus important : elle vous oblige à penser votre personnage avant de l'écrire, à comprendre ce qui le pousse, ce qui le retient, ce qu'il veut et ce dont il a besoin.

Le piège du formulaire

Commençons par écarter un malentendu. On trouve partout sur internet des fiches à remplir mécaniquement, du genre « Couleur des yeux : bleu. Taille : 1,78 m. Plat préféré : lasagnes. », et elles ne servent pas à grand-chose.

Savoir que votre héros mesure 1,78 m ne vous aidera pas à écrire une scène de conflit avec sa mère. Vous avez besoin de savoir pourquoi il ne rappelle jamais sa mère, ce que cela dit de lui et comment cela va évoluer.

Les détails physiques ont leur place, surtout dans un roman long où il faut rester cohérent, mais ils viennent après les fondations psychologiques.

Les cinq fondations d'un personnage mémorable

1. Ce qu'il veut (le want)

Le want est le désir conscient du personnage, ce qu'il poursuit activement et qui guide ses actes au jour le jour.

Emma Bovary veut une vie romanesque, des amants passionnés et du luxe. Elle le sait, elle le poursuit, et ce désir guide chacune de ses décisions dans le roman de Flaubert.

Raskolnikov veut prouver qu'il est un « homme extraordinaire », au-dessus des lois morales. Il échafaude sa théorie, prépare son acte, puis passe à l'acte.

Le want est la surface du personnage, ce qu'il répondrait si vous lui demandiez ce qu'il veut.

2. Ce dont il a besoin (le need)

Le need est le besoin inconscient, ce qui manque vraiment au personnage pour trouver la paix, le bonheur, ou simplement pour tenir debout.

Emma Bovary aurait besoin d'accepter le réel et de trouver du sens dans l'ordinaire, mais elle l'ignore. Elle confond, écrit Flaubert, « les sensualités du luxe avec les joies du cœur », et c'est cette confusion qui la détruit.

Raskolnikov a besoin de retrouver les autres et d'être racheté. C'est en avouant son crime à Sonia, puis en acceptant la souffrance et la punition, qu'il trouve une forme de paix.

L'écart entre ce que veut le personnage et ce dont il a besoin fait avancer votre récit. Si les deux coïncident, votre personnage n'a aucune raison de changer, et l'histoire tourne court.

3. Le défaut fatal

Le défaut fatal est le trait de caractère qui empêche le personnage d'obtenir ce dont il a besoin, et il découle souvent directement d'une blessure passée.

Emma Bovary souffre d'un romantisme coupé du réel. Elle vit dans les romans lus au couvent et juge le monde à l'aune de ces fictions, un défaut qui finit par la tuer au sens propre.

Raskolnikov souffre d'orgueil intellectuel. Sa théorie du surhomme est une construction mentale qui le coupe de son humanité, si bien que son intelligence devient sa pire ennemie.

Un bon défaut fatal est souvent une qualité poussée trop loin, ou une protection devenue prison, bien plus qu'un vice gratuit.

4. La blessure

La blessure est l'événement passé qui a forgé le défaut. Le personnage n'en parle pas forcément, mais elle explique pourquoi il est ainsi.

Emma Bovary a été élevée au couvent et nourrie de romans sentimentaux dès l'enfance, si bien qu'elle n'a jamais appris à voir le monde tel qu'il est. Sa blessure tient moins à un traumatisme violent qu'à une éducation qui l'a préparée à un monde qui n'existe pas.

Notez cette blessure en une phrase sur votre fiche. Si vous ne la trouvez pas, votre personnage manque probablement de profondeur.

5. L'évolution du personnage

Demandez-vous qui est votre personnage au début et qui il est à la fin. Si la réponse est la même, il n'a pas évolué.

Évoluer ne veut pas dire s'améliorer. Certains personnages descendent, comme Emma Bovary dans sa chute ou Walter White dans sa corruption, et d'autres reviennent à leur point de départ, transformés intérieurement.

Résumez en une phrase son état émotionnel au début et à la fin, par exemple :

  • Raskolnikov : de « je suis au-dessus des lois » à « je suis un homme parmi les hommes » ;
  • Emma Bovary : « la vraie vie est ailleurs », du début à la fin, puisqu'elle ne change jamais, et c'est là toute sa tragédie.

Ce qui donne de l'épaisseur

Une fois ces cinq fondations posées, vous pouvez ajouter les détails qui rendent le personnage vivant.

La voix. Comment parle-t-il ? Fait-il des phrases courtes ou longues, emploie-t-il un vocabulaire soutenu ou familier, a-t-il des tics de langage ? Un personnage qui dit « effectivement » toutes les trois phrases se reconnaît immédiatement.

Les habitudes. Que fait-il quand il est nerveux, quand il ment, quand il est seul ? Ces petits comportements sont précieux pour construire un personnage.

Les relations. Au-delà d'une liste de noms, notez la nature de chaque relation : « il admire son père mais refuse de l'admettre », « elle aime sa sœur et la jalouse ». Ce sont ces contradictions qui donnent de la profondeur.

L'apparence. Gardez seulement ce qui a du sens : la cicatrice qui rappelle un événement clé, la posture qui trahit un manque d'assurance. La couleur des yeux ne mérite d'y figurer que si elle compte pour l'histoire.

Les fiches de personnages dans Extypis

Extypis propose huit types d'éléments narratifs : personnages, lieux, événements, thèmes, conflits, objets, arcs narratifs et symboles, chacun avec les champs qui lui conviennent.

Ce qui distingue ces fiches d'un PDF ou d'un tableur, c'est leur lien avec l'éditeur.

Les mentions de personnages. Quand vous tapez @ suivi du nom d'un personnage dans votre texte, Extypis insère une mention en couleur sur laquelle vous pouvez cliquer pour ouvrir directement sa fiche, sans jongler entre deux fenêtres.

Les graphiques de mentions. Extypis montre automatiquement combien de fois chaque personnage apparaît dans chaque chapitre, et vous voyez d'un coup d'œil si un personnage secondaire disparaît pendant cent pages, un problème classique des romans longs.

Le storyboard. Chaque scène y devient une carte, que vous réorganisez en la faisant glisser.

Vos personnages restent ainsi vivants pendant toute l'écriture, faciles à consulter, à suivre et reliés à votre texte.

Un modèle de fiche à adapter

Voici un modèle court mais complet. Vous n'avez pas besoin de tout remplir au départ : commencez par les cinq fondations et complétez le reste au fil de l'écriture.

Identité

  • Nom, surnom, âge
  • Rôle dans l'histoire (personnage principal, adversaire, mentor, allié, etc.)

Fondations

  • Ce qu'il veut consciemment
  • Ce dont il a vraiment besoin
  • Le défaut qui le sabote
  • La blessure passée qui a forgé ce défaut
  • Son état émotionnel au début, puis à la fin

Caractérisation

  • Sa voix : comment parle-t-il, quels sont ses tics de langage ?
  • Ses habitudes : que fait-il quand il est nerveux, quand il ment, quand il est seul ?
  • Ses relations importantes, avec leur nature, au-delà d'un simple nom

Apparence (si elle compte)

  • Seulement les détails physiques qui ont un sens

Notes libres

  • Tout ce qui vous vient à l'esprit et ne trouve pas sa place ailleurs

L'erreur la plus courante

L'erreur la plus fréquente consiste à écrire la fiche une fois pour ne plus jamais la rouvrir.

Un personnage évolue pendant l'écriture, et des détails surgissent au chapitre 12 que vous n'aviez pas prévus au chapitre 1. Votre fiche doit donc évoluer avec lui, au lieu de ressembler à un contrat signé avant le premier mot.

C'est pour cette raison qu'une fiche intégrée à l'éditeur, comme celles d'Extypis avec leurs mentions, fonctionne mieux qu'un fichier séparé : elle reste à un clic pendant que vous écrivez, au lieu de dormir dans un autre logiciel ou dans un dossier oublié sur votre bureau.

Les grands personnages de la littérature sont nés d'auteurs qui se sont posé les bonnes questions et ont continué à se les poser pendant toute l'écriture, bien plus que d'un formulaire parfaitement rempli.

HU

Hubert Giorgi

Auteur

Écrire avec Extypis

Le studio d'écriture qu'il manquait aux romanciers

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