Hypallage
Transfert d'un adjectif vers un mot voisin de celui qu'il qualifie logiquement : un vieillard solitaire devient une « demeure solitaire ».
L'hypallage attribue à un mot ce qui revient logiquement à un autre, voisin dans la phrase : « ils allaient, obscurs, sous la nuit solitaire » (Virgile) — c'est la nuit qui rend solitaire, ce sont eux qui sont seuls. Le déplacement n'est pas une erreur : il contamine le décor par l'état du personnage, ou l'inverse.
C'est l'une des figures les plus subtiles du répertoire, presque invisible à la première lecture — et c'est sa force : l'émotion se diffuse dans la phrase sans être assignée. La prose impressionniste en use constamment (« une rue mélancolique », « un matin convalescent »). L'hypallage réussie donne au monde extérieur la température du monde intérieur.
Exemple
« Ibant obscuri sola sub nocte » — « Ils allaient, obscurs, sous la nuit solitaire »