Vers libre
Vers affranchi du mètre régulier et de la rime obligatoire — mais pas du rythme : la coupe de ligne y devient l'outil central.
Le vers libre s'affranchit du compte syllabique régulier, de la rime obligatoire et des formes fixes. Né en France à la fin du XIXe siècle (Laforgue, puis Apollinaire qui supprime aussi la ponctuation d'Alcools), porté en anglais par Whitman puis les modernistes, il est devenu le régime dominant de la poésie contemporaine.
Libre ne veut pas dire sans contrainte : privé du mètre, le vers libre repose tout entier sur des décisions locales — où couper la ligne (chaque coupe est un micro-événement : voir enjambement, rejet), quels retours de sons (assonances, anaphores), quelle respiration de strophes. C'est une responsabilité plus qu'une dispense : dans le vers régulier, la forme décide ; dans le vers libre, chaque ligne doit justifier sa coupe. Le test impitoyable : recopié en prose, le poème perd-il quelque chose ? Si non, c'était de la prose.
Exemple
Apollinaire ouvre « Zone » : « À la fin tu es las de ce monde ancien » — l'alexandrin fantôme hante le vers libre.