Le blocage de l'écrivain : dix façons de retrouver le fil
Presque tous les auteurs, débutants ou chevronnés, connaissent ces moments où les mots refusent de venir et où la page reste blanche malgré l'envie d'écrire. Ce blocage vient le plus souvent d'une pression trop forte, bien plus que d'un manque de talent, qu'elle tienne au perfectionnisme, à la peur d'être jugé, à la fatigue ou à un projet dont on ne voit plus clairement la direction.
Le blocage mérite donc d'être écouté, parce qu'il signale qu'une chose doit changer dans votre façon de travailler, dans votre environnement ou dans votre état d'esprit. Voici dix techniques pour vous remettre à écrire, avec, quand c'est utile, la façon de les appliquer dans Extypis.
1. L'écriture libre, pour faire taire le juge intérieur
Le blocage vient souvent de la censure intérieure, ce petit juge qui critique chaque mot avant même qu'il soit écrit. L'écriture libre, que les anglophones appellent freewriting, sert à le faire taire. Le principe est simple : écrivez pendant dix minutes sans vous arrêter, sans vous soucier de la grammaire, de l'orthographe, de la cohérence ni même du sens, et si rien ne vient, écrivez « je ne sais pas quoi écrire » jusqu'à ce qu'une idée surgisse.
Le but de l'exercice est de remettre l'encre en mouvement, et la qualité du texte n'a aucune importance.
Dans Extypis : passez en mode zen pour ne garder à l'écran que votre page, réglez un minuteur sur dix minutes et lancez-vous. Une fois le temps écoulé, vous pouvez jeter ce texte ou le relire pour y repérer une idée à creuser.
2. Écrire la pire version possible
Le perfectionnisme paralyse, parce qu'il empêche d'avancer tant qu'on craint de ne pas atteindre un idéal souvent irréaliste. L'exercice consiste à vous autoriser à écrire exprès mal, avec des maladresses, des clichés, des phrases bancales et des descriptions fades, pour faire tomber la pression du résultat parfait.
Exemple : pour une scène de rencontre, la pire version pourrait donner « Il la vit. Elle était belle. Il s'approcha. Ils parlèrent. Ce fut bien. ». Une fois cette version écrite, la scène existe, et il devient beaucoup plus facile de l'améliorer que de l'inventer.
Dans Extypis : fixez-vous un objectif d'écriture modeste, par exemple cent mots de cette pire version, pour que la tâche vous paraisse à votre portée.
3. Changer de scène ou de chapitre
Le blocage porte parfois sur une scène précise, un dialogue qui sonne faux ou une transition difficile. Plutôt que de vous acharner, sautez cette scène et écrivez une autre partie de l'histoire qui vous attire davantage, même si elle arrive bien plus tard dans le récit.
Exemple : si vous butez sur le chapitre 5, passez au chapitre 10, ou écrivez un retour en arrière qui vous paraît plus facile à aborder.
Dans Extypis : chaque scène vit dans sa propre feuille, si bien que vous passez de l'une à l'autre en un clic et pouvez écrire dans le désordre. Laissez une note sur la scène qui résiste pour y revenir quand vous aurez retrouvé votre élan.
4. Écrire sous contrainte
Une contrainte bien choisie oblige l'esprit à chercher des solutions inattendues, et elle stimule souvent l'imagination au lieu de la brider. Essayez par exemple le lipogramme, qui consiste à se passer d'une lettre, un texte où chaque phrase commence par la dernière lettre de la précédente, ou l'obligation de placer certains mots.
Exemple : Georges Perec a écrit tout un roman, La Disparition, sans jamais employer la lettre « e ».
Dans Extypis : notez votre contrainte dans les notes du projet et passez en mode zen pour vous y tenir sans distraction. Même si le texte obtenu n'est pas destiné à être publié, l'exercice assouplit l'esprit et peut débloquer une idée pour votre projet principal.
5. Travailler par séances courtes
La méthode Pomodoro classique, vingt-cinq minutes de travail suivies de cinq minutes de pause, aide à se concentrer, mais elle peut se révéler trop rigide pour l'écriture. Adaptez-la : des séances plus courtes, de quinze ou vingt minutes, quand vous êtes très bloqué, et plus longues, de quarante-cinq ou cinquante minutes, quand les mots viennent bien. La régularité compte plus que la durée, et vous apprendrez au passage à repérer vos heures les plus productives.
Dans Extypis : un objectif d'écriture quotidien vous aide à tenir ce rythme. Pendant les pauses, levez-vous, marchez et regardez par la fenêtre, car c'est souvent à ce moment que les idées se mettent en place.
6. Parler de son projet à quelqu'un
Raconter votre histoire, vos personnages et vos difficultés à quelqu'un d'autre peut être étonnamment éclairant, parce qu'en mettant votre projet en mots, vous l'organisez et vous repérez ses points faibles ou ses incohérences. Choisissez une personne de confiance, qui écoute sans juger.
Exemple : « J'ai du mal à faire avancer mon personnage principal parce que je ne comprends pas ce qui le pousse. Je voudrais qu'il fasse X, mais cela ne colle pas avec Y. »
Si personne n'est disponible, parlez à voix haute devant votre écran, ou écrivez un courriel à un ami imaginaire pour lui résumer votre problème : l'effet est souvent le même.
7. Lire les auteurs qui vous inspirent
Lire quand on est bloqué permet de recharger ses batteries. Relisez les passages que vous aimez chez les auteurs dont le style ou la manière de raconter vous inspire, en observant comment ils construisent leurs phrases, font vivre leurs personnages ou créent du suspense, et vous en retirerez souvent l'envie de vous y remettre, parfois une idée.
Exemple : si vous écrivez de la fantasy, relire un passage de Tolkien ou d'Ursula K. Le Guin peut vous rappeler ce qu'un monde bien construit apporte à une histoire.
Dans Extypis : gardez dans votre projet une note où vous recopiez les passages qui vous frappent, avec ce qui vous plaît dans chacun.
8. Changer d'endroit
Votre environnement pèse sur votre état d'esprit. Si vous écrivez toujours au même endroit, dans la même position, votre esprit finit par associer ce lieu au blocage, et changer de décor aide souvent : un café, une bibliothèque, un parc ou simplement une autre pièce de la maison.
Exemple : Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir écrivaient volontiers dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés.
Comme Extypis fonctionne dans le navigateur, vous retrouvez votre manuscrit sur un ordinateur portable, une tablette ou un autre ordinateur. Même un petit changement, écrire debout ou déplacer votre bureau face à une fenêtre, peut suffire à vous donner un autre regard.
9. Partir d'une amorce
Une amorce d'écriture est une question, une phrase ou une situation qui vous invite à inventer, et elle aide à sortir des chemins habituels.
Quelques exemples :
- Imaginez un monde où les gens ne communiquent qu'en chantant.
- Votre personnage trouve un objet banal qui se révèle magique : de quoi s'agit-il, et que fait-il ?
- Écrivez une scène du point de vue d'un objet.
Consacrez une courte séance à l'une de ces amorces, sans lien avec votre projet principal, pour réveiller votre imagination avant d'y revenir.
10. Accepter les jours sans
C'est peut-être le conseil le plus difficile à suivre, et le plus important. Il y aura des jours où l'inspiration ne viendra pas, où les mots seront rares et où l'écriture sera laborieuse, et ces jours font partie du travail d'écrivain. Acceptez-les sans culpabiliser, et si vous êtes épuisé ou débordé, reposez-vous et faites autre chose, parce que l'imagination a besoin de repos et de bienveillance pour revenir.
Hubert Giorgi
Auteur
Le studio d'écriture qu'il manquait aux romanciers
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